– Les mots de Hania –

Gloire à l’art de la street

A la mémoire de Dj Mehdi, prince de la ville.

Au sein de l’exposition « Hip hop 360, Gloire à l’art de rue » à la Philharmonie de Paris, le son résonne avec force dans tout l’espace, conçu avec brio pour accueillir les quarante ans d’histoire du mouvement. L’expérience sensorielle que je vis alors est proche de l’émerveillement.

The Sugarhill gang, Grand Master Flash, Rakim, Heavy D and the Boyz… la liste est longue. Tous y étaient. Tous les représentants de l’un des mouvements artistiques les plus transgressifs et les plus dérangeants depuis le jazz et le rock’n’roll.

Transportée dans un voyage à travers le temps, je me revois dans ma chambre d’adolescente, en train d’écouter l’émission de radio « la tribu de Wakanda » sur Fréquences Paris Plurielles. Diffusant tard dans la nuit les derniers « imports », ce programme faisait la promotion d’artistes inconnus du grand public, issus des quartiers défavorisés de France et d’Amérique.

Les objets, les différentes ambiances de la collection, tous ces visages familiers immortalisés par les plus grands photographes du monde, transmettent une énergie éclatante d’optimisme mais aussi une certaine gravité.

En prenant conscience de l’importance de l’hommage rendu par la Philharmonie, les larmes me gagnent. Le mouvement a longtemps été caricaturé ou invisibilisé par les institutions françaises. Assimilé à une sous-culture, associé à la délinquance, il est pourtant, dès son apparition en Seine-Saint-Denis en 1982, un mouvement artistique d’avant-garde, un creuset moderne et flamboyant de performances urbaines puisant à la source du jazz.

Pendant des années, j’ai cherché à comprendre pourquoi une partie de la jeunesse de France, dont les parents sont originaires des anciennes colonies, d’Europe du Sud et des Antilles, se retrouve, comme moi, se reconnaît, comme moi, et s’affilie, comme moi, à la culture hip hop, et plus largement à l’histoire du peuple africain américain.

L’une des réponses est que le hip-hop propose une splendide illustration du concept de créolisation proposé par Edouard Glissant. S’y entrelacent différentes identités et affiliations, ainsi que des univers culturels et esthétiques où la liberté et la créativité, avec une dimension transgressive, nourrissent les désirs, les rêves et les espoirs ardents de millions de jeunes, en France et partout dans le monde.

Le hip-hop est aussi le lieu où l’identification à la souffrance d’un peuple permet de mieux connaître sa propre histoire, d’accepter sa propre différence, de vivre ses colères et d’exprimer un sentiment d’injustice face au racisme et à la violence des institutions.

Les trajectoires individuelles et toutes les tentatives de sublimation engagées par les jeunes issus des immigrations postcoloniales pour s’en sortir, se construire au travers du hip-hop, sont généralement peu mises en avant.

NTM, IAM, Solaar, Kery James, Aktuel Force, Mafia K1 fry, Dj Mehdi, Sté Strauss, Diam’s, Mode 2, et tant d’autres, peuvent dorénavant, et probablement pour longtemps, compter parmi les héros du patrimoine artistique national.

Hania