Réfléchir et approfondir la psychothérapie transculturelle

Un séminaire de clinique transculturelle à Abidjan

Un séminaire pour donner toute sa place à la clinique transculturelle dans le champ des psychothérapies en Côte d’Ivoire, un pays que l’on pourrait qualifier de multiculturel.

De gauche à Droite Daniel Delanoe, Marie-Chantal Cacou, Denis Dagou, Claire Mestre

C’est à l’initiative de Thérèse Verger, psychologue clinicienne à Abidjan, et Claire Mestre psychiatre-psychothérapeute, anthropologue (CHU de Bordeaux), que le séminaire transculturel « Réfléchir et approfondir la psychothérapie transculturelle » a été accueilli du 9 au 13 octobre 2023 par Denis Komenan Dagou et Marie-Chantal Cacou, tous deux enseignants-chercheurs en psychologie clinique et psychopathologie, et membres du laboratoire Société Individu Culture (LaSIC) de l’Université Félix Houphouët Boigny (Abidjan).

Ouvert aux psychologues et autres professionnels, le séminaire a été animé par Daniel Delanoë, psychiatre, anthropologue, EPS Barthélemy Durand (Etampes), Marie-Chantal Cacou, Denis Komenan Dagou, et Claire Mestre.  L’idée de ce séminaire est venue du constat que la clinique transculturelle était à peu près absente du champ des psychothérapies en Côte d’Ivoire, un pays que l’on pourrait qualifier de multiculturel.

Comment s’inspirer de l’ethnopsychanalyse et de la clinique transculturelle dans un pays où les cultures animistes et religieuses sont très prégnantes, et où le paysage culturel et social évolue rapidement ?

Des questions fondamentales ont émergé. Comment tenir compte du rapport du sujet à sa culture et plus encore, de ses cultures ? Comment tenir compte de l’histoire ? « En Côte d’Ivoire, explique Marie-Chantal Cacou, nous sommes des anormaux si nous ne croyons pas à l’univers des entités invisibles. Les normaux sont ceux qui y croient ».

La position transculturelle (dans le sens d’articuler l’outil psychologique et anthropologique) conduirait alors le psychothérapeute à se décaler de cet univers, tout en signifiant qu’il peut en tenir compte, à établir une bonne distance, ni trop près ni trop loin. En France, c’est l’inverse, nous sommes des « anormaux » si nous croyons à cet univers des forces invisibles, et la position transculturelle conduit à s’en rapprocher suffisamment pour pouvoir l’accueillir et en faire un possible levier thérapeutique.

Autre question, soulevée par Denis Dagou : « Quels membres de la famille inviter à la consultation transculturelle ?

La structure de la famille élargie en Côte d’Ivoire peut inclure bien des personnes et parmi elles, des personnes qui peuvent être perçues comme des jeteurs de mauvais sorts ». Ne faudrait-il pas alors réfléchir avec le patient à la question de qui on invite et qui on n’invite pas ? Ce qui suppose déjà d’accueillir et co-construire avec le patient une problématisation impliquant l’entourage dans l’explication de ses troubles. Ou encore, comment protéger l’enfant des effets d’accusation de sorcellerie par son entourage ? Une pratique d’accusation en progression avec l’offre des Eglises évangélistes de « camps de prières pour les enfants sorciers » où ils sont accueillis parfois pour plusieurs années, aux frais de leurs parents, et où ils peuvent être l’objet de graves violences physiques et psychologiques.

Voici quelques réflexions qui sont appelées à se poursuivre.

Bien d’autres ont été abordées, sur l’engagement du thérapeute, son contre-transfert culturel, les violences, également à poursuivre. Une fête de la pensée ! concluait Denis Dagou.

Daniel Delanoë et Claire Mestre

À noter : Le séminaire a reçu le soutien de l’UFR Sciences de l’Homme et de la Société de l’Université Félix Houphouët Boigny, du Centre paramédical La Feuille Blanche (Abidjan), de la Congrégation Eudiste, congrégation Jésus et Marie, et de l’Association Internationale de d’Ethnopsychanalyse. Daniel Delanoë était en mission pour l’EPS Barthélemy Durand (Essonne).