Contre-transfert : Quésaco ?

Quand tu te lances dans la reprise d’études, il faut être conscient de deux choses : d’une, tu vas découvrir de nouveaux concepts et de deux, tu vas devoir écrire. Beaucoup écrire. Et parfois écrire sur ces nouveaux concepts, qu’évidemment tu ne maîtrises pas encore !

C’est comme ça qu’au bout d’à peine quelques heures de cours en visio – oui, notre promotion (2020-2021) a inauguré le DU Psychiatrie et compétences transculturelles de Paris Descartes 100 % visio – tu découvres qu’avant toute réflexion sur ton sujet de recherche, tu vas devoir écrire sur ton contre-transfert. A ce moment-là, tu as des sentiments très divers qui te traversent, d’autant plus si, comme moi, tu n’es pas issue d’une formation « psy ». Alors tu respires à fond et tu essayes de déchiffrer les mots, un par un, pour y donner du sens. Parce que, pour être honnête, en tant que travailleuse sociale, j’avais une idée de la définition du mot « transfert » même si je n’en maîtrisais pas toutes les subtilités mais un contre-transfert ? Jamais entendu parler ! Et ce qui m’étonnais le plus, c’était pourquoi c’était si important d’écrire dessus, aussi vite, alors que nous commencions à peine à entamer notre DU. Bref, un vrai casse-tête !

Mais on pouvait faire confiance à nos enseignants. Car s’ils nous ont fait cogiter sur ce concept aussi vite, dès le début de notre formation, c’est qu’il y avait une bonne raison : le contre-transfert et particulièrement le contre-transfert culturel, est un élément incontournable de l’approche transculturelle.

Pour Georges Devereux « le contre-transfert est la somme totale des déformations qui affectent la perception et les réactions de l’analyste envers son patient ». Toujours d’après l’auteur, « la perception d’une situation est influencée de façon radicale par la personnalité du sujet percevant ». Donc, par rapport à mon sujet d’étude, réfléchir à mon contre-transfert a été une façon de prendre de la hauteur pour comprendre et analyser les perceptions et les réactions que je pouvais avoir dans ma relation avec les personnes venues d’ailleurs, qui ont inspiré le choix de mon sujet d’étude.

Mais au-delà de ma propre expérience de contre-transfert, cette démarche m’a fait prendre conscience à quel point nous étions tous pris dans nos propres schémas de pensée, si profondément influencés par notre histoire familiale et par notre vécu personnel. 

En effet, nous sommes tous, personnellement et professionnellement, influencés par nos représentations intimes et collectives issues des différents cultures dans lesquels nous avons évolué : notre pays de naissance, son histoire, notre famille, notre milieu social, nos études, nos cercles amicaux, etc. Ainsi, la rencontre avec l’autre, celui qui nous est étranger – celui qui n’a pas la même histoire, le même vécu, les mêmes références, les mêmes codes, la même langue – peut venir nous questionner, nous heurter et parfois nous déstabiliser et nous avons alors tendance à vouloir nous protéger. Ou bien, à l’inverse, cette même personne peut faire émerger de l’admiration et provoquer en nous de la fascination.
Quel qu’il soit, le contre-transfert culturel existe pour tout individu amené à rencontrer des personnes venues d’horizons culturels différents. En prendre conscience et l’analyser permet d’expérimenter une position nouvelle, fondamentale, celle de décentrage dans la rencontre avec l’altérité.

Julie

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